La rose (M. Habert)

Alors que je me vois si belle et si brillante
Dans ce teint dont l’éclat fait naître tant de voeux,
L’excès de ma beauté moi-même me tourmente ;
Je languis pour moi-même, et brûle de mes feux,
Et je crains qu’aujourd’hui la Rose ne finisse
Par ce qui fit jadis commencer le Narcisse.
- M. Habert, Abbé de Cérisy -
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De la rose (Clément Marot)

La belle Rose à Vénus consacrée,
L’oeil et le sens de grand plaisir pourvoit ;
Si vous dirai, dame qui tant m’agrée,
Raison pourquoi de rouges on en voit.
Un jour, Vénus son Adonis suivait
Parmi jardin plein d’épines et branches,
Les pieds tout nus et les deux bras sans manches,
Dont d’un rosier l’épine lui méfit ;
Or, étaient lors toutes les roses blanches,
Mais de son sang de vermeilles en fit.
De cette rose ai jà fait mon profit
Vous étrennant, car plus qu’à autre chose,
Votre visage en douceur tout confit,
Semble à la fraîche et vermeillette rose.
- Clément Marot (1497-1544) -
Version originale
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O combien la beauté… (Shakespeare)

O combien la beauté paraît plus merveilleuse
Sous les doux ornements que loyauté lui donne.
Si la Rose est jolie, on l’aime mieux encore
pour le tendre parfum qu’elle abrite en son coeur.
D’autres vives couleurs que la Rose embaumée
l’églantine se pare ; et d’épines cernée,
elle joue avec abandon - comme la rose -
au souffle de l’été qui déclot ses fleurons.
L’églantine pour mérite n’a que sa robe :
elle vit méprisée ou se fane de honte ,
sans gloire. Mais la mort exquise de la Rose
fait naître les parfums les plus délicieux
Aimable et beau garçon, quand vous perdrez vos charmes
de votre loyauté ces vers embaumeront.
- Shakespeare (1564 - 1616) -
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Mignonne allons voir si la rose (Ronsard)

Prends cette rose aimable comme toi,
Qui sers de rose aux roses les plus belles,
Qui sers de fleurs aux fleurs les plus nouvelles,
Dont la senteur me ravit tout de moi.
Prends cette rose, et ensemble reçoi
Dedans ton sein mon coeur qui n’a point d’ailes ;
Il est constant, et cent plaies cruelles
N’ont empêché qu’il ne gârdat sa foi
La rose et moi différons d’une chose ;
Un soleil voit naître et mourir la rose ;
Mille soleils ont vu naître m’amour,
Dont l’action jamais ne se repose.
- Pierre de Ronsard -
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La Rose-Thé (Théophile Gautier)


La plus délicate des roses
Est, à coup sûr, la rose-thé.
Son bouton aux feuilles mi-closes
De carmin à peine est teinté.
On dirait une rose blanche
Qu’aurait fait rougir de pudeur,
En la lutinant sur la branche,
Un papillon trop plein d’ardeur.
Son tissu rose et diaphane
De la chair a le velouté ;
Auprès, tout incarnat se fane
Ou prend de la vulgarité.
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