O combien la beauté… (Shakespeare)

O combien la beauté paraît plus merveilleuse
Sous les doux ornements que loyauté lui donne.
Si la Rose est jolie, on l’aime mieux encore
pour le tendre parfum qu’elle abrite en son coeur.
D’autres vives couleurs que la Rose embaumée
l’églantine se pare ; et d’épines cernée,
elle joue avec abandon - comme la rose -
au souffle de l’été qui déclot ses fleurons.
L’églantine pour mérite n’a que sa robe :
elle vit méprisée ou se fane de honte ,
sans gloire. Mais la mort exquise de la Rose
fait naître les parfums les plus délicieux
Aimable et beau garçon, quand vous perdrez vos charmes
de votre loyauté ces vers embaumeront.
- Shakespeare (1564 - 1616) -
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Mignonne allons voir si la rose (Ronsard)

Prends cette rose aimable comme toi,
Qui sers de rose aux roses les plus belles,
Qui sers de fleurs aux fleurs les plus nouvelles,
Dont la senteur me ravit tout de moi.
Prends cette rose, et ensemble reçoi
Dedans ton sein mon coeur qui n’a point d’ailes ;
Il est constant, et cent plaies cruelles
N’ont empêché qu’il ne gârdat sa foi
La rose et moi différons d’une chose ;
Un soleil voit naître et mourir la rose ;
Mille soleils ont vu naître m’amour,
Dont l’action jamais ne se repose.
- Pierre de Ronsard -
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Un Dahlia (Paul Verlaine)


Courtisane au sein dur, à l’oeil opaque et brun
S’ouvrant avec lenteur comme celui d’un boeuf,
Ton grand torse reluit ainsi qu’un marbre neuf.
Fleur grasse et riche, autour de toi ne flotte aucun
Arôme, et la beauté sereine de ton corps
Déroule, mate, ses impeccables accords.
Tu ne sens même pas la chair, ce goût qu’au moins
Exhalent celles-là qui vont fanant les foins,
Et tu trônes, Idole insensible à l’encens.
- Ainsi le Dahlia, roi vêtu de splendeur,
Elève sans orgueil sa tête sans odeur,
Irritant au milieu des jasmins agaçants !
Paul Verlaine (1844-1896)
Poèmes saturniens
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La Rose-Thé (Théophile Gautier)


La plus délicate des roses
Est, à coup sûr, la rose-thé.
Son bouton aux feuilles mi-closes
De carmin à peine est teinté.
On dirait une rose blanche
Qu’aurait fait rougir de pudeur,
En la lutinant sur la branche,
Un papillon trop plein d’ardeur.
Son tissu rose et diaphane
De la chair a le velouté ;
Auprès, tout incarnat se fane
Ou prend de la vulgarité.
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